« Est-ce que ma fertilité reviendra normalement après l'arrêt ? » C'est de toute évidence une des questions essentielles pour les personnes qui s'intéressent à la contraception testiculaire thermique, et celle qui pèse le plus dans l'arbitrage avec un ou une partenaire. Jusqu'en 2025, la littérature francophone ne disposait d'aucune étude spécifiquement dédiée à cette question : la réversibilité y était toujours une mesure secondaire, dans des cohortes orientées vers l'efficacité contraceptive et avec des effectifs très limités (Mieusset & Bujan 1994 sur N=9, Soufir 2017 sur quelques dizaines de sujets, Béraud 2023 sans suivi après l'arrêt).
C'est ce vide qu'a entrepris de combler Léa Baron dans sa thèse de médecine soutenue en 2025 à l'Université de Montpellier. L'étude CRT-REVERS est la première à concevoir un design statistique spécifiquement orienté vers la réversibilité : un test de non-infériorité. Concrètement, il ne s'agit pas de démontrer que la fertilité après arrêt est meilleure qu'avant, mais qu'elle n'est pas significativement pire d'une marge fixée à l'avance par l'équipe de recherche. Cette marge clinique a été ici établie à -3 millions de spermatozoïdes par millilitre : tant que la chute moyenne après l'arrêt reste inférieure à ce seuil, la méthode est considérée comme suffisamment réversible pour ne pas affecter cliniquement la fertilité. Sur cette base, l'étude apporte deux éclairages : un résultat biologique en demi-teinte (la non-infériorité n'est pas démontrée sur des spermogrammes faits au moins 3 mois après l'arrêt), et un résultat clinique nettement rassurant (le délai d'obtention d'une grossesse après arrêt est superposable à celui de la population générale).
CRT-REVERS est une étude observationnelle rétrospective menée par questionnaire en ligne, avec un calcul de puissance a priori. La population analysée comprend 66 hommes (sur 179 répondants), majoritairement utilisateurs d'un anneau de remontée testiculaire en silicone (97 %), avec une durée médiane d'utilisation de 20 mois (extrêmes : 3 à 87 mois). Pour être inclus·es, les répondant·es devaient disposer à la fois d'un spermogramme avant le début de la méthode et d'un spermogramme réalisé au moins 3 mois après l'arrêt. Les critères d'exclusion couvraient les facteurs confondants connus (chaleur externe, pathologies endocriniennes, médicaments gonadotoxiques, non-respect de l'abstinence avant le spermogramme). Le critère principal est la différence de concentration spermatique avant la méthode et après l'arrêt, testée en non-infériorité avec une marge clinique fixée à -3 M/mL. Les critères secondaires incluent la proportion d'oligospermie résiduelle (<15 M/mL), le délai d'obtention d'une grossesse et le taux de fausse couche après l'arrêt. La thèse n'a pas été relue par des pairs au sens d'une publication en revue.
L'étude documente quatre résultats principaux : la concentration spermatique après l'arrêt en analyse de non-infériorité, la proportion d'oligospermie résiduelle, la fertilité clinique mesurée par le délai d'obtention d'une grossesse, et l'absence d'effet de la durée d'usage sur la réversibilité. Ils sont repris ici dans cet ordre.
1. La non-infériorité biologique de la concentration spermatique après l'arrêt n'est pas démontrée (Baron 2025, p.28). Avant la méthode, la concentration moyenne de la cohorte est de 78,1 M/mL ; après au moins 3 mois d'arrêt, elle est de 73,0 M/mL. La différence moyenne est de -5,12 M/mL, avec un intervalle de confiance à 95 % de -27,48 à 17,25 M/mL (p=0,017, test de Wilcoxon). La borne inférieure de l'intervalle dépasse largement la marge clinique fixée à l'avance de -3 M/mL : impossible de conclure à la non-infériorité. Ce résultat doit être lu en tenant compte d'une sous-puissance importante : l'étude visait 154 participant·es, elle en a obtenu 66.
2. Au moins trois mois après l'arrêt, 13,6 % des hommes inclus présentent une oligospermie résiduelle (Baron 2025, p.27). Avant la méthode, aucun participant n'avait une concentration <15 M/mL ; après arrêt, 9 personnes sur 66 sont sous ce seuil (p=0,0077, McNemar). Quatre de ces 9 personnes étaient testées au-delà de 6 mois après l'arrêt, ce qui interroge sur le délai de récupération individuelle. Mais ce chiffre est probablement surestimé : les hommes qui ont conçu rapidement après l'arrêt n'ont, dans leur grande majorité, pas réalisé de spermogramme après l'arrêt (l'auteure le note p.29) et sont donc exclus de l'analyse biologique. Le sous-groupe étudié est mécaniquement enrichi en personnes à fertilité plus lente, indépendamment de la méthode.
3. La fertilité clinique mesurée par le délai d'obtention d'une grossesse est comparable à celle de la population générale (Baron 2025, p.28). Sur l'ensemble des répondant·es à la cohorte étendue (179 personnes), 51 grossesses ont été rapportées, dont 14 dans le sous-groupe inclus de N=66. Le délai médian d'obtention d'une grossesse, estimé par méthode de Kaplan-Meier, est de 5,0 mois (IC 95 % : 4-6 mois). Ce délai est cohérent avec la moyenne française de 6 mois rapportée pour la conception après arrêt d'une contraception (Slama et al. 2012). Le taux de fausse couche après l'arrêt s'établit à 11,8 % (6 sur 51), inférieur à la moyenne nationale qui se situe entre 15 et 25 %. Un cas d'omphalocèle est rapporté sur 51 grossesses ; l'incidence générale de cette malformation se situe autour de 1 pour 5 000 à 10 000 naissances et l'effectif est trop faible pour conclure à une association causale.
4. La durée d'utilisation de la méthode n'a pas d'effet décelable sur la réversibilité biologique (Baron 2025, analyse univariée). Sur la fourchette étudiée (3 à 87 mois d'usage), aucune corrélation significative n'est trouvée entre la durée du port et la différence de concentration après l'arrêt (p=0,231). Le type de dispositif (anneau, jock-strap, slip Mieusset) n'a pas non plus d'effet décelable (p de 0,33 à 0,84 selon le dispositif). Ce résultat est rassurant pour les utilisateur·ices de longue durée, qui ne semblent pas exposé·es à un risque accru de difficulté de récupération.
Premièrement, le biais de sélection est massif. 113 répondant·es sur 179 (soit 63 %) ont été exclu·es de l'analyse, la majorité par absence de spermogramme après l'arrêt. Comme l'auteure le souligne explicitement, les hommes qui ont conçu rapidement n'ont souvent pas réalisé de test biologique après l'arrêt de la méthode : la cohorte analysée est donc mécaniquement enrichie en personnes à fertilité plus lente. Cette exclusion surestime probablement la proportion d'oligospermie résiduelle observée à 13,6 %.
Deuxièmement, l'étude manque de puissance statistique. Le calcul de puissance a priori visait 154 participant·es ; 66 ont été inclus·es. Cette sous-puissance explique en partie la largeur de l'intervalle de confiance autour de la différence de concentration (-27,48 à 17,25), qui rend la conclusion de non-infériorité statistiquement impossible quel que soit le résultat clinique réel.
Troisièmement, les données sont auto-rapportées. Les valeurs de spermogrammes ont été transcrites par les répondant·es dans un formulaire en ligne, sans vérification directe par un laboratoire centralisé. Les périodes d'abstinence avant le spermogramme n'ont pas été contrôlées (4 personnes ont été exclues pour non-respect admis). Le respect du protocole de port (heures par jour) n'a pas été vérifié non plus. Ces limites rapprochent CRT-REVERS d'une étude de données en vie réelle plutôt que d'un essai clinique.
Quatrièmement, le suivi des grossesses est incomplet. 47 % des hommes ayant déclaré une grossesse n'ont pas répondu aux questions de suivi (terme, viabilité, pathologie obstétricale éventuelle). Les données de sécurité néonatale sont donc fragmentaires.
Le choix d'un délai minimal de 3 mois après l'arrêt mérite d'être discuté biologiquement. La spermatogenèse, c'est-à-dire le cycle complet de production des spermatozoïdes, dure 74 jours. Trois mois représentent donc à peine plus qu'un cycle complet : les premiers spermatozoïdes produits intégralement hors méthode apparaissent, mais le stock global n'a pas encore été renouvelé deux fois. Dans la pratique clinique, le retour à une fertilité comparable à celle d'avant la méthode est plus souvent attendu autour de deux cycles complets, soit environ 5 mois. Cette cinétique pourrait expliquer une partie des 13,6 % d'oligospermie résiduelle. Ce n'est qu'une hypothèse : dans les données de Baron, le délai entre l'arrêt et le spermogramme n'est pas associé au résultat (p=0,738), et 4 des 9 cas étaient testés plus de 6 mois après l'arrêt.
À ce délai biologique s'ajoutent les facteurs externes qui ralentissent normalement la production spermatique chez tout homme, méthode contraceptive ou non : fièvre, médicaments, exposition à des stupéfiants ou à l'alcool, tabac, sommeil insuffisant, stress, autres expositions thermiques inhabituelles (saunas, bains chauds, ordinateur sur les genoux). Quand ces facteurs interviennent pendant la phase de redémarrage de la spermatogenèse après l'arrêt de la méthode, leur effet est amplifié : les gamètes en cours de maturation sont à un stade plus vulnérable que dans un cycle stable. Une différence entre la fertilité avant la méthode et le résultat quelques mois après l'arrêt peut donc s'observer sans impliquer une atteinte spécifique de la méthode elle-même. Viser un délai de 5 à 6 mois minimum entre l'arrêt de la méthode et la tentative de conception est une prudence physiologique cohérente avec le cycle naturel, pas une contrainte propre à la méthode thermique.